
coach certifié & Co-fondateur de Forhuman
Open spaces, messageries instantanées, réunions en cascade et pourtant…
1 salarié sur 5 se sent seul.
La connexion permanente n’a pas dissous la solitude
Il y a quelque chose de vertigineux dans ce chiffre : en France, un salarié sur cinq a déjà ressenti un sentiment de solitude au travail. Non pas dans le silence d’un bureau isolé, mais précisément là où règne l’agitation dans les open spaces, les fils Slack, les visios qui s’enchaînent. La connexion permanente n’a pas dissous la solitude. Elle l’a, pour beaucoup, rendue plus opaque.
Ce que les neurosciences nous disent
Les neurosciences éclairent ce paradoxe d’une façon qui devrait nous alerter. L’hyperdisponibilité permanente qu’impose notre monde digitalisé mobilise en continu ce que les chercheurs appellent l’attention réflexe : cette vigilance automatique, ascendante, qui réagit aux alertes et aux stimuli émotionnels. Ce faisant, elle réduit progressivement l’espace de l’attention volontaire, celle, délibérée, qui active le cortex préfrontal et rend possible l’apprentissage en profondeur, la pensée complexe, le jugement. Elle étouffe aussi le réseau du mode par défaut : cet état de repos actif du cerveau propice à la rêverie, le vague à l’âme, l’oisiveté où se consolident les souvenirs, où émergent les idées, où se régule l’équilibre intérieur. En saturant le temps mental, la connexion permanente n’enrichit pas : elle appauvrit. Et l’isolement, lui, prospère dans ce bruit.

La solitude au travail : un produit d’organisation
Ce numéro 16 part de ce paradoxe pour aller plus loin qu’un constat statistique. Parce que la solitude au travail n’est pas qu’un ressenti individuel : c’est un produit d’organisation. Elle naît dans les cultures de compétition, dans les hiérarchies distantes, dans les équipes hybrides où le manager ne voit plus et où le collaborateur n’ose plus parler.
« La solitude n’est pas une défaillance relationnelle. C’est, selon Hannah Arendt, une ressource psychique essentielle, à condition qu’elle soit choisie, et non subie. » Amandine de Septenville nous rappelle, dans sa réflexion philosophique, que la solitude a traversé les siècles comme une force : chez les stoïciens, chez Descartes, chez Rousseau.
Ce que nos organisations confondent trop souvent avec du désengagement est en réalité un besoin humain fondamental de retrait et de pensée. Le problème n’est pas la solitude choisie, mais l’isolement subi.
Medhi Cohu éclaire, lui, le rôle décisif du soutien social. Le manager n’est pas spectateur : il est, aux yeux des équipes, l’incarnation de l’organisation elle-même. Sa manière de reconnaître, de faire confiance, de créer des espaces de parole détermine si chacun se sent porté ou abandonné. 34 % des managers peinent à détecter les fragilités individuelles à distance. Ce n’est pas une faute, peut-être le signe que nos outils n’ont pas suivi la transformation de nos modes de travail.
Ce numéro en quelques mots
Ce numéro présente également Un Collègue en Plus®, un service pensé pour répondre précisément à cet angle mort : offrir un premier espace de soutien psychologique, disponible à tout moment, confidentiel, pour les collaborateurs qui n’osent pas, ou ne savent pas vers qui se tourner. Et pour clore ce numéro avec la voix qui manque parfois dans les articles, celle du vécu, Oscar Gala vous accompagne dans le dernier épisode de notre série podcast autour du glossaire de la santé mentale. Nous espérons que ce numéro vous offre non seulement des données et des analyses, mais aussi des pistes concrètes pour faire de vos organisations des espaces où le lien n’est pas confondu avec la disponibilité permanente.
Bonne lecture.
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