Soit on change tout… soit on ne change rien !!!

Patrick CHARRIER,
PhD & Co-fondateur de Forhuman

Notre société est traversée par deux courants antagonistes, l’un particulièrement libéral, l’autre particulièrement conservateur, ne laissant finalement que peu de place à un No Man’s Land qui viendrait faire interface entre eux ! Il faudrait être dans un cas ou dans l’autre pour rendre nos avis et nos postures visibles. La santé mentale et le marché sur lequel repose notre activité n’échappent pas à ce découpage binaire.

C’est ce constat que dresse Richard Lavergne dans son article volontairement polémique ! Observateur avisé du secteur des solutions d’aide et d’accompagnement psychologiques, Richard nous démontre que les solutions classiques installées en entreprise (lignes d’écoute et PAE), « bien que nécessaires, sont cliniquement limitées et souvent déconnectées des usages réels et des attentes des salariés ». Mieux, sur la base de données chiffrées liées à nos activités précédentes et actuelles, il dresse le constat que « si ces dispositifs représentent une part majeure du chiffre d’affaires des cabinets spécialisés en QVCT, leur usage effectif par les salariés reste extrêmement faible, oscillant entre 0 et 1 à 2 % des populations couvertes en moyenne ».

Il nous revient alors de ne rien changer, pour conserver le confort d’un usage installé, ou de tout disrupter. C’est pourtant dans un entre-deux que Forhuman s’engage et développe une IA dédiée qui vient enrichir notre offre d’accompagnement individuel « Un collègue en plus ». Une offre conçue non pour remplacer l’humain, mais pour faciliter l’accès, créer du lien et orienter efficacement vers les bons professionnels.

Une IA oui, mais une IA éthique surtout. C’est ce que je vais essayer de vous démontrer dans mon article sur les usages et mésusages de la technologie. Si ces avancées font légitimement peur, il existe des méthodes pour les circonscrire, entre morale et déontologie, dans un territoire qui soit à la fois respectueux des fondements de notre discipline et des personnes qui pourraient y recourir.

Couverture du Webzine #Perspectives N°15 : « 2026 : l’IA partout, tout le temps ? »

Nous continuons à innover chez Forhuman parce que le moment que vit notre société est crucial pour la santé mentale, dont nous notons qu’elle est une préoccupation majeure des Français, de façon générale, et des Français au travail de façon plus particulière. C’est l’objet de l’article de Medhi Cohu, qui analyse les données produites par l’Assurance Maladie : « Globalement, ces résultats mettent en évidence une tendance qui s’installe ces dernières années : alors que les arrêts maladie de courte durée sont enclins à stagner, voire diminuer, les arrêts maladie de longue durée, notamment d’origine psychologique (dépression, burn-out, …), ont considérablement augmenté. » Derrière cette vague de fond qui submerge notre société, Medhi fait apparaître un risque qui nuit aux politiques de prévention : celui de la stigmatisation des personnes porteuses d’un trouble mental, ou de celles qui décident de s’arrêter de travailler, sans manifestation aussi visible que celle qui serait produite par une maladie physique. Medhi resitue la question de la prise en compte de la santé mentale sur le champ politique pour montrer en quoi elle n’est pas encore un bien perçu comme commun. À lui de terminer en nous disant que « lutter contre la maladie mentale ne suppose pas de limiter artificiellement le nombre de personnes ayant un trouble psychologique, mais de se concentrer sur les causes de la souffrance psychologique, de la dépression et du burn-out que sont les conditions de travail, les politiques managériales et la culture organisationnelle. »

Pour aller dans le sens de Medhi, je vous propose un intermède clinique, au sein de notre pratique de psychologue, pour découvrir la fatigue topique. La fatigue représente, l’année dernière, le premier motif des sollicitations qui nous ont été adressées via notre dispositif d’écoute « Un collègue en plus », et il semblait important de l’analyser avec finesse tant elle résiste aux grilles de lecture et d’analyse classiques. La fatigue topique est une fatigue de dé-location, fatigue de ne pas être à la bonne place, comme si ce défaut d’alignement, invisible pour les autres, à force d’user nos jointures, en venait à nous user par le processus autophage de consommation de notre seule énergie vitale. Pour ceux et celles qui voudraient mettre des mots et des images sur la modernité de notre fatigue, précipitez-vous !

Quel beau numéro de #Perspectives que celui que nous vous proposons. En espérant que vous prendrez autant de plaisir à le lire que nous avons pris à le composer. L’occasion de remercier Olivier Schlauberg pour son travail d’orchestration toujours aussi efficace !