« Tout va beaucoup trop vite ! », je ne sais pas si vous avez la référence, mais cette phrase est issue d’une série courte et comique, « Message à caractère informatif ». Berthier, de la Cogip, doit se faire à l’idée de raser sa moustache. Il n’est pas prêt (voir la vidéo, à 36 s).
Dans le bureau, ils sont trois. Un collègue de Berthier, Ménard, dit qu’il ne veut plus travailler avec lui. Le manager répond : « Attends, tu me demandes de renvoyer Berthier ? » Oui, pour une moustache. Il pose alors la question : « C’est la boîte ou la moustache ! »
Nous nous posions la question, il n’y a pas si longtemps que cela, dans Perspectives N°2 : « Depuis quand n’avons-nous pas changé ? » Et dans cet article, nous disions ceci : « L’approche par la santé mentale au travail et la performance sociale amène à nous questionner sur les compétences psychosociales des organisations. C’est-à-dire, à comprendre en quoi la structuration des process, des instances et des outils favorisent l’engagement ou le désengagement des acteurs. »
Ici, notre héros Berthier ne comprend pas pourquoi il devrait raser sa moustache pour l’entreprise, alors que la gêne vient d’un collègue. L’absurdité de cet épisode montre à quel point les codes ressentis écrasent le sens et les explications.
Quatre phrases qu’on connaît par cœur
« Ce n’est qu’une moustache. » Minimiser, c’est surtout dire que l’on n’a pas écouté. Berthier, lui, l’explique : cette moustache, c’est ce qui lui donne la force d’aller travailler tous les matins. Le détail des uns est souvent la ressource des autres. Avant de demander un changement, demandons ce que la chose représente pour celui qui devra le faire.
« C’est la boîte ou la moustache ! » Un faux choix. Il ferme la discussion en faisant semblant de l’ouvrir. En 25 ans de maison, la moustache n’avait jamais posé de problème. Si la règle change, le pourquoi doit changer aussi. Un ultimatum n’est pas une explication. On invoque la boîte pour habiller une gêne personnelle. Avant de parler de règle, demandons qui est gêné, et par quoi.
« On pourrait s’arranger. » Berthier garde sa moustache contre des places de spectacle. Il troque. Une règle qui s’achète avec des places de spectacle était une préférence. Le changement s’achète, et c’est là que ça coince : un arrangement règle un conflit, il ne crée pas d’adhésion. Au prochain changement, il faudra d’autres places.
Et le meilleur est la fin. Le collègue, proche du manager, souffle l’idée des places. Berthier propose alors la même idée, et le sketch se moque de lui : elle n’est pas de lui. C’est drôle, et c’est très réel. Combien d’idées de terrain sont ignorées, puis redécouvertes six mois plus tard par quelqu’un d’autre ? Dans un changement, ceux qui ont l’idée doivent pouvoir en garder la paternité. Sinon, ils se taisent la fois suivante.
Sur le fil, qui est à côté ?
« Tout va beaucoup trop vite ! » Berthier a raison sur un point : on ne lui a laissé ni le temps de comprendre, ni quelqu’un à qui parler. Entre un collègue qui demande son départ et un manager qui cède, il avance seul sur son fil. Or personne ne traverse seul une période de changement.
La vraie question n’est pas la moustache. C’est de savoir qui se tient à côté de Berthier quand on lui demande de changer.
Sources
Wikipédia, « Message à caractère informatif » : émission de télévision humoristique française créée par Nicolas Charlet et Bruno Lavaine, fondée sur le détournement de vieux films d’entreprise des années 1980, diffusée de 1998 à 2000 dans « Nulle part ailleurs » sur Canal+. https://fr.wikipedia.org/wiki/Message_à_caractère_informatif (consulté le 8 octobre 2026).
Extrait de la série, vidéo YouTube, à 36 s : https://www.youtube.com/watch?v=35i_5a5gQFo
#Perspectives N°2, « Depuis quand n’avons-nous pas changé ? », Michel Gilles : https://www.forhuman-consulting.com/depuis-quand-navons-nous-pas-change/
Image : capture d’écran, « Message à caractère informatif », Canal+.



